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  • Lise Blanc

Je rentre à la maison

Mis à jour : oct. 4

Cette phrase résonne sans cesse dans ma tête depuis plus d’un mois maintenant. « Ça y est, je rentre à la maison ». En vérité, la décision a été prise en amont, bien avant qu’une quelconque notion de choix n'ai fait son apparition. Depuis toute petite, déjà, je sais que la notion de choix n’existe pas. Qu’elle est illusoire et chaotique. Je suis persuadée que tout est écrit, orchestré et que le concept de prise décisionnaire n’est que chimère. Le "je rentre à la maison", ne dépend ainsi pas plus de moi que le « je vais traverser un pays à pied ou des océans en voiliers. »

Je rentre à la maison ne signifie pas seulement retrouver sa terre natale. Cela signifie avant tout, se connecter à soi, à son cœur, à son intuition, car le corps est la maison et de l’âme et c’est de cela qu’il s’agit de prendre soin avant tout. En cela, le monde est merveilleux, car la notion d’un quelconque chez moi géographique est floue, alors que le chez-moi profond et placide, lui, est synonyme de verticalité et d’unicité permanente. Je rentre à la maison le cœur lourd de quitter la Nouvelle-Zélande, les copains et la vie d’ici. Mais heureuse d’y avoir accompli ma mission, et d’avoir su et pu faire ce pourquoi j’étais venue. Le déchirement de cet au revoir sera à la hauteur du bonheur des retrouvailles qui m’attendent de l’autre côté du tarmac. Je rentre à la maison pour mieux repartir, car ce détour géographique ne change en rien mes projets de vie ni la détermination qui me propulse à réaliser mes rêves. Ces derniers répondent encore et toujours aux connotations d’aventures, de découvertes, d’explorations et de voyages. Ce n’est que partie remise, quand les choses auront retrouvé leur stabilité et que les frontières rouvriront. Je rentre à la maison pour serrer mon père et mon frère tout fort contre moi, bien que ni la distance, ni le temps, n’ont entravé le fait que je les ai toujours serré au plus près de mon cœur. J’aimerais qu’ils m’enseignent à danser sur un ring de boxe, tout en m’invitant à faire partie de la symphonie de leurs vies. Il me faudra du temps, pour refaire ma place, et pour accueillir et accepter, petit à petit, tout ce qui n’a pas encore été absorbé ou digéré. Il me faudra du temps et beaucoup d’amour, surtout, pour me réinstaller et retrouver une vie en Suisse. Je rentre à la maison en pleurs, en cris, en rage et en larme. Mais aussi en joie, en harmonie et en douceur, comme soulagée d’avancer, - comme toujours ou presque - au plus juste et au plus près de ce que la vie m’offre et des lieux vers lesquelles elle me transporte. Comme la plus grande majorité du temps, je m’écoute attentivement et je m’en remercie grandement. Je rentre à la maison la peur au ventre, le plexus solaire chargé et la gorge nouée, car j’ai peur que tout le monde m’ait oubliée et que personne ne soit là et présent pour me réceptionner à mon arrivée. La chute du retour sera brutale, je le sais. Si les voyages forment l’âme et épousent une forme d’art, la redescente sur Terre n’en est parfois pas moins violente et douloureuse. Peu importe la tournure de l’expérience, le retour d’un voyage prend du temps et il ne tient qu’à moi de l’accepter pleinement. Je vais devoir réapprendre à vivre différemment en me donnant, justement, le temps de le faire calmement, entourée ou non, car je n’ai aucune attente envers qui que ce soit. J’ai une confiance infinie en ma capacité d’adaptation et en ma force qui, jusqu’à présent, ne m’ont jamais fait faux bond. Donc ça devrait aller, normalement. Je m’attends à me sentir vide, en décalage total, violent et brutal, avec les amis, la famille, les copains d’avant et ceux de plus tard. Je m’apprête à sauter dans le vide et à faire un pas de plus contre moi-même. Un peu comme lorsque la porte d’un avion s’ouvre à 4'000 m. d’altitude et qu’il faut sauter, avec pour seul soutien, une fine toile minutieusement pliée au fond d’un sac à dos. La porte s’ouvre et on se retrouve face aux bruits assourdissants et aux bourrasques puissantes du vent. Maladroitement, on avance vers ce qui va nous porter pendant un court instant : le vide et l’air qui le nourrit. On sent ses jambes trembler et on prie pour ne pas qu’elles se dérobent sous nos pieds. Bien que cela n’y changerait pas grand-chose, de toute façon. Le regard se porte sur le vaste espace dans lequel on est sur le point de s’élancer, et c’est à cet instant précis que l’on se demande vraiment ce qu’on fout-là. L’expérience pourrait avoir une connotation traumatique et aurait de quoi faire reculer tout être plus ou moins normalement constitué. On voudrait pouvoir s’agripper au battant de la porte, alors que tout en nous nous crie et nous ordonne de ne pas y aller. « C’est du suicide. C’est risqué. Tu vas mourir », braille le mental. S’en suit alors une fraction de seconde décisionnaire, celle qui peut changer nos vies et nous transformer à tout jamais. Celle qui nous donnera une sensation puissante d’envol, en prenant le risque de vivre pleinement quitte à y laisser quelques plumes ou, à contrario, celle qui nous fera faire marche arrière. Par peur, par crainte, par anxiété, par habitude ou même par obligation. En reculant devant l’obstacle, on se sentira soulagé et délesté d’un poids immense. Mais le contrecoup émotionnel sera bien plus fort qu’une quelconque sérénité rationnelle. Ce n’est pas sans savoir que l’on passera ensuite chaque jour de notre vie à nous demander pourquoi l’on n’a pas osé franchir le pas. Car, s’il y avait bel et bien un moment pour oser se lancer, c’était celui-là. Et on l’a laissé passer, il nous a filé entre les doigts. Trop tard, on a passé à côté, on l’a loupé. On S’EST loupé. Je sais à quel point, il est plus aisé d’esquiver l’impensable et de passer ainsi à côté de sa vie, de soi-même et des autres. On croit qu’il est tellement plus facile de choisir le confort de la routine à l’ouverture du cœur, alors que c’est justement l’inverse, qui nous rend plus serein. Nous devrions juste nous rendre à l’écoute de ce qui se cache au fond de nos tripes et de notre savoir inné. Car c’est là et uniquement là, que se trouve la fameuse clé du bonheur tant convoitée.

Mais croyez-moi, ce pas contre soi-même, aussi dur et impossible puisse-t-il paraître à franchir, sera le plus salutaire de votre existence toute entière. Le saut en lui-même peut être pénible et les premières secondes douloureuses. Le cœur peut se serrer, le souffle se couper, mais je vous promets que les sensations désagréables ne dureront pas. Au cours de la chute, elles se transformeront rapidement en un relâchement total et absolu. Le lâcher prise qui s’ensuit transforme l’insupportable en une explosion extraordinaire de sensations libératrices. Vous vous retrouverez là où plus rien ne compte, mis à part le déploiement de vos ailes dans le ciel si bien gardé des Dieux. Plus rien n’aura d’importance, si ce n’est votre respiration et la capacité de vos poumons à absorber cette force vitale. Le grand saut dans le bain de la vie et de l’amour inconditionnel de l’existence, voilà ce qui vous attend, de l’autre côté de la serrure. Peut-être est-ce en cela, que certains voient la vie que je mène avec un regard admiratif parfois ? Parce qu’elle n’est faite que de pas contre moi-même et de saut dans le vide. Non pas par nécessité de ressentir une quelconque forme d’adrénaline exhaler par chacun des pores de ma peau, mais parce que ma liberté n’a pas de prix et que sans cette dernière, je dépéris. Il n’en tient qu’à nous, d’oser franchir nos propres barrières et il est de notre choix – conscient -, de contourner les pensées écrasantes qui nous assommes du matin au soir, nous martelant ainsi que la vie n’est pas simple et que le bonheur n’est réservé qu’aux autres. Il est de notre devoir, de réaliser nos rêves et de vivre pleinement. Peu importe leur hauteur, peu importe leur grandeur. Aujourd’hui, je rentre tremblante. Avec des peurs, mais le cœur léger, car j’ai confiance – une confiance infinie – envers la vie. Je vous dis donc à très vite, les amis. Lise


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