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  • Lise Blanc

Te Araroa trail - carnet de voyage 3 - île du sud - OTAGO

Mis à jour : août 14

Mercredi 18.12.19 (J 15)

À 6h du matin, quand le jour se lève, je me dépêche de remballer mes affaires et de me mettre en route. Marcher pour me réchauffer, voilà ma seule et unique priorité. Je ne prends même pas le temps de manger et me tire vite fait de là. Je longe le lac, tantôt dans la forêt, tantôt sur une plage caillouteuse. Le chemin est plat, plutôt facile et bien dessiné. Le soleil me sourit légèrement, mais je ne m’attarde pas sur sa présence, je sais qu’elle va être de courte durée.

Je traverse ensuite une vaste plaine. Splendide. Le décor me fait vaguement penser à celui du Seigneur des Anneaux, mais je ne saurai dire si c’est le cas. Je longe une rivière et suis entourée de montagnes. Dommage que le vent, le froid et mes pieds en compote me gâchent un peu l’extase que je ressens devant tant de beauté. Je m’arrête à Careys Hut pour me restaurer, puis à Boudary Hut pour siester. Je suis fatiguée et dors 1h complète.

La journée me paraît longue aujourd’hui. J’ai croisé un autre marcheur à deux reprises. En fin d’après-midi, je me mets un coup de pied au cul et accélère le rythme.


J’arrive à Taipo Hut à 19h30. Elle est presque pleine, il reste juste une couchette.

C’est parfait ! Je mange et étends ma toile de tente à l’extérieur, sur une rambarde en bois, pour la faire sécher. Je discute un peu avec les gens, mais pas trop. Un des marcheurs me dit que demain, il fera beau jusqu’à 15h et qu’ensuite, ce sera le déluge : orage, pluie torrentielle et tout ce qui va avec. Il regarde au taquet la météo, lui !



À 22h, qui c’est qui débarque ? Carolina ! Haha ! Je rigole, parce qu’elle arrive toujours hyper tard, mais ça me fait super plaisir de la retrouver. Elle passera la nuit parterre, sur son matelas de sol.

Je dors mal. J’ai chaud, puis froid. Quand, dehors, le vent se met à tabasser, je sors pour rentrer ma tente. J’ai eu peur qu’elle s’envole ou se déchire.


Jeudi 19.12.19 (J 16)

Aujourd’hui devrait-être mon dernier jour de marche avant de m’octroyer une petite pause. Demain, je serai à Queenstown. Youpie ! Je me lève à 7h et décolle à 8h. Aujourd’hui, je me laisse carte blanche, parce que plusieurs options s’offrent à moi. Je peux soit tracer jusqu’au parking qui est situé au bout de cette section, soit continuer jusqu’au bled de Kinloch (à pied ou en stop), mais ceci reviendrait à marcher plus de 30 bornes. À voir, donc.

J’avance à fière allure et trace la route ! Je suis hyper excitée à l’idée d’arriver à Queenstown demain. Le terrain est agréable, même si, par moments, je patauge dans de la vase, de la boue, et dans une mousse épaisse imbibée d’eau, qui rend ma progression difficile. Je sens que mon corps commence à trouver un rythme, et à s’habituer à marcher et à porter du poids. Sauf mes pieds... c’est toujours la merde.

Je marche sur un joli sentier entouré de collines verdoyantes. Là aussi, ça me fait drôlement penser aux Seigneurs des Anneaux. Je ne serais pas surprise d’y croiser quelques hobbits. Cette pensée me fait rire, tout à coup. « C’est toi la Hobbit, Lise ! T’as vu les poils que t’as aux pattes !» (Oui, il m’arrive souvent de me taper des barres toute seule. Je m’occupe l’esprit comme je peux !)

Après trois heures de marche, je tombe sur la Greenstone Hut. Une hut ultra-moderne et immense (20 couchettes). Je m’y pose quelques minutes, le temps de m’hydrater et de manger un morceau et repars. 4km plus loin, alors que je sais que je suis proche de la Slip Hut, je me mets à sa recherche.

Il n’y a aucun panneau d’indication et je galère un peu à la trouver. Mais ma petite voix intérieure me souffle qu’il faut que j’y aille. Quand je la trouve (enfin), je suis au paradis ! C’est une toute petite cabane au milieu de la forêt, bien cachée au milieu des arbres. Il y a seulement deux couchettes, et je croise les doigts pour que personne d’autre ne vienne. Il est à peine 13h, et je me sens trop bien ici. Comme il commence à faire froid et tout gris, je fais du feu et me pose un moment. Je pèse le pour et le contre. Je pourrais rester ici aujourd’hui et poursuivre ma route en direction de Queenstown demain. Le parking n’est plus qu’à 10km. Il y a une petite table à côté d’une fenêtre à travers laquelle je peux observer une biche. C’est un petit cocon, un espace hors du temps. Je sors mon stylo et mon cahier. J’écris, je lis, je me sens apaisée et bien. À 15h, il se met à pleuvoir des cordes. Monsieur Météo prédit juste ! Le tonnerre et les éclairs ne tardent pas à se joindre à cette farandole orageuse. Une peur me traverse. J’ai peur de l’orage, toute seule, au milieu de cette immense forêt magique. Ça m’arrive souvent d’avoir peur d’être toute seule. « Et si demain il fait le même temps ? ». Mais demain est un autre jour, on verra bien.



Je finis par m’endormir paisiblement et profondément.

Pensée du soir : Je crois que je pourrais rester ici des mois, voire des années, si j’ai la garantie d’y vivre seule et avec assez de nourriture. Ou alors, si j’avais une canne à pêche ou un fusil de chasse pour survivre.

Deuxième pensée du soir : si je meurs foudroyée, je partirai sans aucun regret. J’ai toujours vécu librement, (égoïstement, diraient certains). Mes rêves se sont toujours réalisés. J’aurais eu une belle vie, bien remplie. J’ai parfois la sensation d’avoir vécu plusieurs vies en une et ça c’est, selon moi, la chose la plus importante au monde. Vivre intensément, voilà la clé de mon bonheur.


Vendredi 20.12.19 (J 17)

Je me réveille à 6h. Il fait un froid de canard. Je remets un peu de bois sur les braises de la veille et me prépare une tisane et un petit-déjeuner. Je décolle à 7h et avance dans le froid. Les 10km jusqu’au parking se passent en musique et en chansons. Le terrain est facile : plat, dégagé, proprement dessiné et dénué de boue, de troncs d’arbres en travers du chemin et de tout autre obstacle. La rivière de Greenstone se trouve à ma droite. Ensuite, je traverse des parcs à moutons. Je les salue. Je salue toujours les êtres que je croise. Ils sont ici chez eux, et je n’aime pas l’idée de les déranger dans leurs occupations. Il ne pleut pas aujourd’hui. Seulement quelques gouttelettes éparses, mais rien en comparaison à l’orage de la veille.

J’arrive au parking aux alentours de 9h30. Il est vide de gens, bien que quelques véhicules y soient stationnés. J’ai un énorme sourire aux lèvres.

Sur le papier, Queenstown est à 40km d’ici. La route, depuis l’endroit où je me trouve, jusqu’à Queenstown, ne fait pas partie des 3'000 km du Te Araroa. Les marcheurs rejoignent généralement la ville en navette (qu’ils ont réservé au préalable) ou en stop. Kinloch, un patelin de quelques maisons, se trouve à 12km d’ici, puis, entre Kinloch et Queenstown, se trouve le village de Glenorchy.

Vu que je n’ai pas réservé de navette, je décide de marcher en direction du village de Kinloch. Je me dis qu’avec un peu de chance, depuis là-bas, je trouverai quelqu’un qui ira dans la même direction que moi et qui pourra me déposer soit à Glenorchy soit à Queenstown. Mon corps sent et sait que ce sont les derniers kilomètres à fouler, à avaler, à parcourir avant de retrouver le luxe d’une douche, d’un vrai lit et plein de nourriture ultra calorique. Il me le fait comprendre en étant tout à coup raplapla, fatigué et affamé. Je m’arrête en bord de route et croise une voiture qui vient en sens inverse. Je la salue de la main, avec un grand sourire. Intérieurement, je me dis que j’ai merdé. Que j’aurais mieux fait de payer une navette au lieu de compter, comme toujours, sur la chance. « Je vais galérer à aller en ville aujourd’hui », me dis-je. Au pire, quand (si ?) une navette passe, je lui ferai signe de s’arrêter pour m’embarquer. Et sinon, tant pis. Je ferai ce que je sais faire de mieux : marcher.

Il commence à pleuvoir. Merde ! J’essaie de mettre mon mental au calme et de trouver un bon rythme. Il ne sert à rien de ruminer sur la situation. Je fais des choix, je les assume. J’accepte. Plus j’avance sur « le long chemin » et plus j’accepte les choses. Je me plains encore beaucoup, mais je suis de plus en plus dans la fatalité et l’acceptation de la réalité.

Il pleut ? Il fait beau ? J’ai faim ? Froid ? Je suis fatiguée ? Ce qui est, est. Point. J’ai perdu la notion du positif ou du négatif, du « c’est bien » ou « c’est mal ». Je fais de plus en plus abstraction de ces concepts-là. J’ai aussi appris, depuis le début de cette aventure, à rire de mes petits malheurs. L’autodérision me sauve. Comme l’autre jour, par exemple, où j’escaladais pour la énième fois une rambarde en bois afin de passer d’un parc à mouton à un autre. Il pleuvait à verse et j’étais équipée d’un poncho à dix balles que j’avais acheté à Te Anau. Il s’est déchiré. C’était la goute de trop et j’avais envie de pleurer, mais au lieu de ça, j’ai ri. Au milieu de nulle part, toute seule, j’ai eu un fou rire. J’ai ri parce que j’ai observé cette situation avec de la hauteur, et que c’était drôle, de ce point de vue-là. Il n’y avait rien de grave, rien d’alarmant, c’était juste comique. « Je le savais, que ce poncho à la con ne ferait pas faire deux jours ! » « Un poncho, c’est un poncho monsieur Ouille ! ». Et c’était reparti de plus belle !

Durant mes journées, j’essaie de me distraire du mieux que je peux. Certains moments, ma propre compagnie m’insupporte : elle devient pesante et lourde. Mais heureusement, la plupart du temps, j’ai un monde intérieur riche et captivant et j’ai parfois la sensation que je pourrais vivre seule éternellement.

Je m’occupe parfois l’esprit avec des jeux de devinettes que je me fais à moi-même. Comme par exemple citer le nom des capitales de différents pays. Argentine ? -Buenos Aires. Suisse ? -Berne. Inde ? -Delhi. Chine ? -Pékin, mais pas sûre... Ou alors réciter les noms des quatorze sommets les plus hauts du monde, ou encore le sommet le plus haut de chaque continent. Mon esprit est aussi grandement occupé par la Suisse ou, plus précisément, les copains de Suisse. Je me remémore les bons moments, les soirées, les fêtes, les coups d’un soir, la glisse sur les pistes de ski. Je pense à papa, à Paul, à la famille, à maman, à Sonia, à celles et ceux qui sont partis trop tôt, à mes premiers voyages, à l’apnée. Je pense aussi au futur, au K2, à l’Himalaya. Il faudra que j’organise tout ça, que je me renseigne sur les futurs itinéraires à prendre. Ce sera beaucoup de préparation, beaucoup d’entraînement. « Est-ce que je vais passer par la case recherche de sponsor ? Ou pas ? » Tout me traverse en fait, absolument tout. J’ai la tête remplie de rêves, le cœur plein d’envie. Je rêve les yeux grands ouverts, tout en marchant sur ce bout de Terre.

Le bruit d’un moteur me fait revenir à la réalité. Je me retourne et voit la même voiture qui, un quart d’heure plus tôt, venait en sens inverse. Je tends le pouce, tout sourire et la voit s’arrêter. « Monte ! Je vais jusqu’à Queenstown ! ». Chance, Karma, bonne étoile, appelons ça comme on veut. Je me sens soulagée et un jet d’excitation parcours mes veines. Je dépose mon sac à dos à l’arrière, et grimpe sur le siège avant. J’ai mon cœur qui bat fort, je suis trop contente, toute excitée. Queenstown, c’est une étape de faite, quelques 323 km parcourus. C’est super ! Je discute avec Sue, j’ai besoin de parler, on a un bon feeling. On s’arrête au bled de Kinloch, je savoure un chocolat chaud et lui offre un café. « Tu n’as pas besoin de me payer un café, Lise ! ». « C’est bientôt Noël ! », lui répondis-je. On se remet en route. En voiture, les paysages défilent vite. Ils sont magnifiques. Nous contournons le lac de Wakatipu qui est entouré de hauts sommets enneigés. C’est le troisième lac le plus grand du pays.


J’observe le panorama par la fenêtre, c’est tout simplement magique. Sue me dépose pile devant l’hôtel que j’ai pris soin de réserver. Elle me dit qu’elle est impressionnée par ce que je fais. Je lui souris timidement et lui réponds que je ne sais pas si je vais y arriver, que le but est encore très loin. « Tu vas y arriver », me dit-elle, avec un sourire franc. « Merci, Sue. Tu me donnes de l’espoir. Tu me donnes encore plus envie d’y croire. »

J’ai un milliard de trucs à faire, cet après-midi. Je prends une douche, je fais la lessive, puis les courses, je mange un morceau. La journée file et je m’endors comme un bébé, dans un bon lit douillet.

Samedi 21.12.19 (zero day)

Je profite de dormir, puis j’avale un énorme petit-déjeuner. Shopping time ! Il faut absolument que je change de chaussures. J’ai déjà un ongle qui est en train de se barrer et, hier, quand j’ai vu l’état pitoyable de mes pieds, ça m’a fait un pincement au cœur. Ils sont plein d’ampoules, tout secs et vraiment pas beaux. Ça fait bizarre, d’être dans une grande ville après tout ce temps passé loin de la civilisation, rencontrant sporadiquement de petites villes et villages. Je n’aime pas trop ça, en fait. Je suis bien mieux éloignée de tout, seule au monde. En ville, je suis juste heureuse de pouvoir manger ce que je veux, en quantité, et de pouvoir me réorganiser pour la suite. J’achète un spray imperméabilisant, une bouteille de gaz, et flâne au rayon des pantalons et des vestes en Gore Tex. Le Gore Tex, c’est la seule et unique matière qui fonctionne réellement sous des trombes d’eau. Le prix de ceux-ci me fait hésiter. Ça coûte un bras ! « Je dois me faire sponsoriser, pour le Great Himalayan Trail, ce n’est pas possible autrement... Tout coûte beaucoup trop cher !» Je rachète aussi une couverture de survie, parce que la mienne commence à tirer la gueule. La journée passe à une vitesse folle. Je mange un bon steak d’agneau du pays et m’endors rapidement.

Samedi 22.12.19 (zero day)

Aujourd’hui, mission chaussures puisque je n’ai pas eu le temps hier. Le vendeur m’oriente sur une paire de chaussures de course à pied de la marque Hoka, une marque française. Ce sont des pantoufles, tellement elles sont confortables. Elles sont légères, et ont une bonne épaisseur de semelle. Elles ne me semblent pas vraiment solides, mais tant pis. J’ai tellement souffert ces dernières semaines, que le confort passe avant tout. Avec le spray que j’ai acheté hier, j’imperméabilise ma tente, mes sacs de rangement, et mon K-way. Je refais quelques courses et prépare à manger pour ces deux prochains jours. J’appelle Sonia, Paul et Alice, et Pierrot. Encore une journée bien remplie qui a passé trop vite.

Lundi 23.12.19 (zero day)

J’ai décidé de passer Noël hors du Te Araroa, dans la hut de Mc Intosh dont j’ai entendu parler, qui offre un paysage exceptionnel sur le lac Wakatipu et les montagnes. Je me lève, prépare mes affaires et tends le pouce. Une voiture me prend et m’emmène jusqu’au début de la marche. Eh oui, je ne compte quand même pas arrêter de marcher maintenant ! Il fait beau et la balade est splendide. Ça grimpe, et je suis contente de me taper un peu de dénivelé. « Que du plaisir ! » n’arrêtais-je pas de me répéter.

Quatre petites heures de marche seulement m’emmènent dans le top trois des plus beaux panoramas qu’il m’a été donné d’admirer. - Le premier étant les lagons polynésiens et le second le Tilicho Lake, perché à 5'000 m d’altitude au Népal - La hut est belle. Pas trop grande, ni trop petite. Un jeune couple de Français est là. On discute et passe un moment ensemble. Ils sont cool. J’ai retraversé une rivière dans laquelle, à nouveau, j’ai failli flancher. Putain de rivières ! J’en suis ressortie toute tremblotante, comme un animal apeuré.

Je passe beaucoup de temps à écrire, chose que je n’ai pas faite depuis des jours, par manque de temps.



24.12.19 (zero day)

Je décide de monter au Black Peak, un petit sommet à 2'000m d’altitude. Il fait beau et chaud, aujourd’hui, et je suis ravie de retrouver la neige et l’air frais de la montagne. Le panorama est tout simplement idyllique. Les hauts sommets enneigés et les glaciers s’ouvrent devant moi. Je suis ravie d’être là. Je me pose au sommet et prends le temps d’admirer ce qui m’entoure. J’ai un gros moment de nostalgie. Je n’arrive pas à me débarrasser de l’image de maman. Elle occupe toutes mes pensées, ces temps-ci. C’est souvent comme ça, avant et pendant les fêtes de fin d’année. C’est aussi durant cette période-là que je remets le plus en question le choix de mon mode de vie. On me traite parfois d’égoïste, et ça me fait généralement sourire, parce que je pense qu’il faut vivre pour soi-même, et pour personne d’autre. Mais de penser à la famille réunie, là-bas, au « bout du monde », me ramène au fait que je passe certainement à côté de certaines choses. Enfin, je n’en sais trop rien, en fait.

Je retourne à la hut en fin de journée et me prépare mon repas de Noël : des pâtes à la sauce tomate ! Un vrai régal pour les papilles gustatives, haha !

J’ai ramené une boîte de chocolat Lindt ultra bons. Tout le monde en profite en guise de dessert. Douce nuit fraîche.

25.12.19 (zero day)

Avec les Français, nous redescendons ce que nous avions grimpé deux jours auparavant. Goodbye, jolie vue et petite hut ! Le Français trimballe une mini voile de parapente d’1kg (comme un speed Fly). Il hésite à redescendre par la voie des airs, mais c’est tout bouché, ce matin. Sur le trajet du retour, on discute et le temps passe vite. On rigole et c’est bon de rigoler avec d’autres personnes que soi-même !


Une fois arrivés au parking, nous nous disons au revoir et nous souhaitons, tour à tour, tout un tas de belles choses pour la suite de nos parcours respectifs. Le stop pour retourner à Queenstown a été efficace. J’ai été prise par un couple de sud-coréens fraîchement mariés, qui sont venu en NZ pour leur voyage de noces.

Tout est fermé, en ville. Eh oui, on est le 25 décembre ! Je déniche une chambre méga chère dans un hostel (le seul truc que j’ai trouvé) et profite de me reposer, d’écrire et de prendre une douche.

26.12.19 (J 18)

Ce matin, je file à la poste. J’ai réorganisé mes affaires, et je me suis débarrassée de pas mal de choses que je n’utilisais pas. J’envoie le tout à la marina d’Opua. Frank me dit qu’il ira récupérer mes colis, que ça ne le dérange pas qu’Addie soit plein de trucs à moi.

Mon sac reste lourd, parce que je l’ai rempli de bouffe. Je quitte la ville avec des papillons dans le ventre. Adieu, civilisation ! J’avance à un bon rythme, j’ai 30km à parcourir aujourd’hui. Le soleil guide mes pas et j’en suis ravie. La météo s’est clairement améliorée depuis quelques jours, et ça me fait un bien fou. Le chemin est plaisant. C’est plat, sans encombre. Il longe le lac de Wakatipu et m’emmène jusqu’à Arrowtown. Je bivouaque sauvagement, dans un coin de la forêt, à quelques mètres d’une rivière. Je suis heureuse d’être à nouveau sur le TA.

Pensée du soir : mes nouvelles baskets sont trop confortables !



27.12.19 (J 19)

Je me suis réveillée, puis rendormie. Il n’y a rien de pire pour avoir la tête dans le cul ! Je lève le camp vers 10h (hyper tard !) et ai du mal à me mettre en route. J’ai un petit rythme. J’ai l’impression que ma motivation d’hier s’est évaporée. Je mets un pas devant l’autre, du mieux que je peux. Il y a une rivière que je dois traverser un nombre incalculable de fois. Elle n’est pas haute, et le courant est faible. Je suis rassurée. J’arrive au camping de Acetown, et ne m’y attarde pas. Aujourd’hui, je compte bien aller jusqu’à Roses hut, située à 23km d’ici.

Je continue ma route, et me rends compte que je dois longer une énième rivière. Enfin, longer... Pas vraiment. C’est plus marcher « dans » la rivière. L’autre option serait de monter en hauteur et de rejoindre un chemin mal indiqué. J’ai la flemme de me taper du dénivelé, et choisis l’option « pieds mouillés », puisque, de toute façon, ils sont mouillés en permanence.

Après avoir passé un moment à patauger dans l’eau glacée et à perdre un temps fou à faire des allers-retours d’une rive à l’autre, je décide de grimper et de rejoindre le chemin. J’ai une vue imprenable sur une vallée désertique qui encercle la rivière bleutée dans laquelle j’ai marché. Il ne pleut pas, mais vente un peu. Tout à fait normal, vu que je suis en montagne. Et puis, ça commence à grimper. Je me remets à compter jusqu’à cent, et à m’encourager. « Allez, Lise, c’est bien, ce que tu fais. Continue... » Je suis dans ma bulle, dans mon monde, et la montée se passe bien. Comme très souvent en montagne, on croit qu’on est arrivé en haut alors que non, se présente à moi une deuxième pente abrupte. Je soupire mais ne m’arrête pas. Le vent s’est levé d’avantage, et il commence à faire froid. Je mets des couches de vêtements. Lorsque je me rapproche du sommet (1’270m.), quelques grêlons tombent et le vent se met à souffler plus fort. « Oh tiens, je n’avais pas encore eu droit à la grêle jusqu’ici ! Coucou, toi !» Puis, il faut redescendre dans la vallée. Le chemin est large, bien dessiné. Je ne suis plus exposée comme de l’autre côté, donc il ne souffle plus autant. J’ai une vue imprenable sur une vallée désertique, entourée de montagnes et de collines. En contrebas, j’aperçois la Roses hut. Je fais ce que je fais souvent en fin de journée : je troque la marche contre la course à pied. Enfin, contre une sorte de trottinement en accéléré plutôt. Généralement, je trace et bouffe les derniers kilomètres, parce que j’ai juste envie d’arriver là où je dois arriver. Accélérer le rythme fait du bien au moral. Ça change ma perspective du tracé et de ma trajectoire, ça modifie les angles. Mon esprit devient plus attentif, plus vigilent et plus concentré.



Juste avant d’arriver à la hut, je glisse et m’étale dans la boue. Je ris « C’est quand, déjà, la prochaine fois que je pourrais laver mes fringues ? Pas pour tout de suite, je crois ! ». Le soleil se couche gentiment. Il est tard, ce soir, lorsque je pousse la porte de cette hut vide. Je m’endors paisiblement. J’ai passé une bonne journée, aujourd’hui.

28.12.19 (J 20)

Le soleil brille, ce matin. Je commence par traverser des champs et monte des collines. Les paysages sont encore et toujours d’une beauté sans pareille. Je fais pas mal de pauses, je prends le temps d’admirer le paysage. À un moment donné, j’ai une vue imprenable sur le lac de Wanaka et les sommets enneigés qui le surplombent.



Je mange beaucoup, aujourd’hui, et c’est réconfortant d’avoir l’estomac plein. J’ai très rarement cette sensation-là. À 16h, après avoir marché seulement 10km, j’arrive à la Highland Creek hut, dans laquelle il y a quatre autres personnes. Il y a des cascades aux alentours, et une rivière en contre-bas. Je m’y plonge pour me laver.

Ce soir, je prends le temps de lire et m’endors rapidement.

29.12.19 (J 21)

Départ tard, pour changer ! Deux belles montées m’attendent. Le chemin est joli, bien dessiné. Encore un paysage qui me fait penser aux Seigneurs des Anneaux. Au sommet de la deuxième montée, je croise Flavien, un jeune Vaudois avec qui je prends le temps de parler fondue au fromage et ski. Entendre son accent me fait du bien ! Il me donne le sourire et une bonne vibe pour continuer ma journée. Les descentes sont douces et agréables. J’arrive à la Fern Bern hut vers 17h. J’y dépose mes affaires et file prendre mon bain dans la rivière en contrebas.

Manque de bol, des gens ont pu voir ma paire de fesse faire trempette dans la flotte. Bah oui, c’est quand même plus chouette de se baigner à poil, non ? Il y a du monde, à la hut. Ça sent le retour à la civilisation à plein nez. Il y a surtout des jeunes, et j’ai tout sauf envie de sociabiliser (sale antisociale, va !). Je décide de me mettre en retrait et de monter la tente. C’est quand-même plus agréable de dormir au calme sous sa maison de nylon qu’avec dix personnes qui ronflent. En plus, il fait beau et chaud, le temps est au bivouac. J’ai même eu le temps de faire du yoga, ce soir.

Pensée du soir : je n’ai plus du tout mal aux pieds, depuis que j’ai acheté ma nouvelle paire de baskets à Queenstown. Merci, merci !


30.12.19 (J 22)

Direction Wananka ! 12km seulement me séparent de la route principale. Le ciel est dégagé, il fait beau. Le terrain est quasiment plat, je longe une rivière. Roy, un Kiwi ultra cool et passionné de montagne me rattrape. Nous marchons ensemble, tout en discutant de tout et de rien. Au niveau bouffe, j’ai eu de la chance : j’ai eu juste assez à manger jusqu’à ce matin.

Une fois arrivés à la route, il y a un immense camping avec un snack. Je me goinfre comme pas possible, bois un litre d’eau et recharge mon portable. Je contacte Graham, le monsieur qui m’avait hébergé chez lui et emmené à Bluff, il y a trois semaines de ça. Il vit à Wanaka avec sa femme et ses enfants. Il m’avait dit qu’il fallait que je l’appelle quand j’y serai. Il a une place pour que je puisse planter ma tente dans son jardin.

Je reprends la route. Je longe le lac et ai une superbe vue sur les montagnes. Il fait beau et sec. Mon arrivée à Wanaka m’émeut, j’ai les larmes aux yeux. Une étape en plus de faite ! Je suis fière de moi et de ma progression. Mon corps s’est endurcit et renforcé ces dernières semaines. C’est motivant de voir que j’en chie (un peu) moins et que j’ai du plaisir à faire ce que je fais.



Par contre, le retour en ville m’abrutit. À peine arrivée à Wanaka, je n’ai qu’une envie : celle de repartir dans le bush. La foule, le bruit, les gens par paquet... Je croyais que je supportais cela de moins en moins, eh bien... je me trompais. Ce n’est pas que je supporte cela de moins en moins, non. Je ne le supporte carrément plus du tout.

J’achète une bouteille de vin, du chocolat et file chez Graham. Je fais la connaissance de sa femme Jeni, qui est plus que charmante. Un couple d’ami, leurs fils ainsi que Ricky, un jeune Japonais sont là. Je m’installe dans le jardin, et m’y sens bien. Je file sous la douche avant de m’assoir à table avec eux. Jeni nous a préparé un dîner de roi... Merci, merci !

31.12.19 (zero day)

Je traîne un peu au lit puis ingurgite un petit-déjeuner digne de ce nom : œufs, bacon, fruits. Je me régale ! Je file en ville faire des courses puis reviens à la maison. Je fais ma lessive, prépare mes repas pour ces deux prochains jours, toujours avec la technique du Tupperware, et passe du temps avec mes hôtes. La journée passe vite et ce soir, j’ai tout sauf envie de fêter le Nouvel An. Ça fait des années, de toute façon, que je fais l’impasse sur cette fête. Le bruit des feux d’artifices me réveille à minuit. Vivement que je me retrouve au milieu de la nature !

01.01.20 (J 23)

Je me lève à 7h. Je prends un bon petit-déj’, prépare mes affaires, remballe ma tente, dis au revoir à tout le monde et me remets en route. J’ai 30km à parcourir aujourd’hui sur un terrain normalement plat. Je longe le lac de Wananka, puis une rivière, avant d’atteindre la petite ville de Middle Town.


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Graham et Jeni m’ont fait promettre de m’arrêter dans la boulangerie qui s’y trouve afin de déguster les meilleures pâtisseries du pays. Je commande un Sandwich (pour plus tard) un croissant breton, un Chai Latte et une salade (pas pour plus tard !).

J’ai besoin de sucre, aujourd’hui. Je file aux toilettes pour pisser, et Oh bonheur, j’ai mes règles. Ah, c’est pour ça, que j’ai la dalle ! (J’ai toujours besoin de beaucoup manger quand j’ai mes lunes).

Ce matin, chez Graham, j’ai pesé mon sac à dos. Il fait 16kg. Bordel ! Le chemin est facile, aujourd’hui. J’arrive à Havera vers 17h et décide de m’arrêter dans un hôtel qui fait aussi camping, pour y planter ma tente. Je prends une douche, mange une pizza, profite d’internet et m’endors dans ma maison de nylon, qui, cette nuit, me protège de la pluie et des éclairs.

Pensée du soir : Je suis rétamée.

02.01.20 (J 24)

Mon réveil a sonné à 6h30. Je l’ai repoussé plein de fois jusqu’à finalement l’éteindre. Je suis claquée et j’ai besoin de dormir. Je lève le camp à 11h, après avoir mangé un petit-déjeuner de princesse dans le restaurant de l’hôtel.

Je longe un lac sur quatre ou cinq kilomètres. Mon sac est lourd, le soleil cogne, il fait chaud. Le cadre est agréable, c’est vraiment beau. Le lac est d’un bleu turquoise. C’est l’eau des glaciers.

Je me tape ensuite une montée de bâtard. Ça grimpe sec ! Je m’arrête après quelques mètres seulement et me faufile dans le seul coin d’ombre que je trouve. Je crève de chaud et transpire des litres. Je me rends compte que je n’ai pas pris suffisamment d’eau. Merde ! Comment, après tout ce temps, je peux encore faire une erreur pareille ? J’ai aussi foiré mes deux jours de bouffe. Qui a cru que mélanger du lait de coco avec un tas de légumes serait une bonne chose ? C’est Lisou ! Le lait de coco, ça tourne. Et vite. Je me vois donc obligée balancer, là, derrière un buisson, mes deux Tupperware rempli et dégoulinant de lait de coco qui mousse. Je ne râle pas. « Cela est. Point. ».

La marche m’a appris plus que l’acceptation. Elle m’a enseigné la résignation.



Je me tape 950m de dénivelé positif. Je me sens faible, j’ai soif, bordel. Je rêve de rivière, de lac, de pluie, de piscine, de mer. D’eau, putain ! LA chose la plus importante au monde. Je pleurs, je chouine « je vais crever là » (Oui, je dramatise souvent !). Aujourd’hui, j’ai vraiment la sensation de n’être qu’une merde qui n’y arrivera jamais. Ni à la prochaine hut, ni au bout de cette île du sud, et encore moins à Cape Reinga....

Péniblement, j’arrive au sommet de la montagne. La hut me sourit, en contrebas, dans un décor d’herbes sèches et de montagnes. Je reprends mon souffle, me pose et m’effondre en larme. J’aimerai que papa, maman et Serge soient fiers de moi. J’aimerai que moi aussi, je sois fière de moi. Trop plein émotionnel, ce n’est pas grave, ça arrive.


coucher-de-soleil-paysage

Une fois arrivée à la hut, je bois des litres d’eau que je prends depuis le tank. Elle a un goût étrangement fumé. C’est le goût des feux d’Australie.

Je me rafraichis et nettoie mon corps, planquée derrière les latrines, avec deux bouteilles remplies d’eau fumée. Je me pose ensuite sur ma couchette, et attends que les gens, qui sont d’humeur festive, se la ferment. J’ai besoin de dormir, je suis claquée. Ils font un bruit pas possible, je leur demande de se taire. Ils s’excusent. Je suis dure énervée, parce que, même loin de tout, il y a toujours des personnes pour faire chier le monde. J’ai l’impression d’être une autiste, parfois, tellement j’ai de la peine, avec les gens.

Pensée du soir : Vivement que je sois au milieu du désert de Gobi. Au moins, là-bas, y’aura personne pour me faire chier.

03.01.20 (J 25)

Le soleil me réveille aux aurores. Je fais du bruit parce qu’ils ont tous fait du bruit hier soir et me casse de là. J’avale mon petit-déjeuner et prépare ma tisane sur une crête, avec une vue de fou sur le lac et les montagnes. C’est trop beau. Je continue ensuite de longer la crête. Le panorama reste splendide toute la matinée. Le ciel est bleu, le soleil brille, il vente un peu, mais ce n’est pas désagréable. J’ai suffisamment d’eau. Que me faudrait-il de plus ? Rien, absolument rien.


lac-montagne-vue-imprenable-te-araroa-trail

Je marche ensuite sur une route 4x4, qui est presque plate. Je découvre la Stody’s hut vers midi. Je décide de passer le reste de ma journée ici. Je sors un matelas, bouquine et écris. J’ai faim et je me demande si je ne pourrais pas chasser un lapin (ils sont par centaines, dans les environs !).

Je mange peu, parce que, suite à mon gaspillage phénoménal de nourriture l’autre jour, je dois faire attention avec mes réserves.

Un groupe de retraité, qui font aussi Te Araroa, arrive en fin de journée. Je me dis qu’ils sont courageux. Ces gens m’inspirent. Je m’endors en crevant de faim.

04.01.20 (J 26)

Je me réveille à 8h et avale un petit déjeuner express. Je décolle à 8h45. Je passe la journée à longer et à traverser la rivière Timaru, qui est entourée d’une forêt. Je ne vois la fin ni de la rivière, ni de la forêt. C’est long, encombré et je sens que mon ongle va se barrer.

Je dois me concentrer, aujourd’hui, le terrain est casse-gueule : pierres, troncs d’arbres à esquiver, ça glisse, ça monte, ça descend... Je vois un panneau qui indique que la prochaine hut est à dix minutes de marche. Yes ! Le paysage reste somptueux, c’est agréable. Au moins, je n’ai plus du tout mal aux pieds et ça, c’est que du bonheur ! La hut est située à proximité d’une rivière, j’y vais pour me laver et me fais bouffer par les sand flies* !

Je prends le temps de m’étirer et de méditer. La hut est étonnamment bien isolée, il fait presque chaud à l’intérieur. C’est agréable. Le froid m’a vraiment appris à savourer la chaleur.

Je discute avec Nick, un anglais qui marche le TA en direction du sud. Il dort dans sa tente, même si la hut est vide. Il déboite les 13 – 14 heures de marche par jour. Un vrai de vrai, lui !

Un bel exemple de motivation, surtout. Il se nourrit de wraps au Nutella, ça me fait rire.

À 22h, un gars arrive, dans le calme et la discrétion la plus totale. Ce mec, c’est Mike. Un anglais qui réside en Australie. Il marche afin de soulever des fonds pour trouver un remède pour le Nystagmus.

*Ce sont des mouches de sable. Elles sont minuscules et se trouvent quasiment partout dans le pays. Dès que tu te poses, elles viennent par dizaines pour te piquer. Les piqures ne grattent pas sur le moment, mais quelques heures après. C’est infernal !

05.01.20 (J 27)

Réveil vers 6h. Je mange et discute avec Mike. Il a une super énergie ! Il marche aussi en direction du nord et a décidé d’alterner la marche et le vélo durant les 3'000 km du trail. « T’as bien raison, mec ! »

Je traverse la vallée avant de joindre un sentier caillouteux qui me mènera à un col. Des rafales à faire stresser un marin me forcent à m’arrêter par moments, tellement elles sont puissantes. Heureusement, le sentier est large et n’est pas escarpé. J’en soupir de soulagement. Bah oui, parce que moi et le vide, ça fait deux ! Alors si en plus j’avais dû traverser un chemin aérien dans ces conditions... Je n’aurais pas fait la fière, ça c’est sûr ! En plus, il pleuvine un peu et il commence à faire froid. J’essaie d’avancer le plus vite possible, chose qui n’est pas facile avec un vent pareil.



J’arrive au col et redescends de l’autre côté. Le vent, lui, n’a pas franchi le col. Je me retrouve donc sur un chemin agréable, en pente douce, avec une petite brise légère qui accompagne mes foulées. Quelques kilomètres plus loin, je me pose dans la Tin hut, afin de manger et de me reposer un peu. Le temps commence à se mitiger. Mon petit doigt me dit que Mike ne va pas tarder à débarquer. Effectivement, il pousse la porte de la hut quelques minutes plus tard. Il est 15h et le soleil a refait surface. On finit notre tisane et on se met en route. Mike a vraiment une pure énergie, on s’entend bien. Le chemin est plat et le paysage est à couper le souffle. Montagnes, verdure, vastitude... Vraiment une merveille cette île du sud !


Depuis hier, je suis stressée. Il y a une grosse rivière à traverser. C’est soit je la traverse, soit je fais cinq kilomètres supplémentaires qui m’emmèneront à un pont afin de la traverser sereinement. Mais, cela inclut ensuite de se taper cinq kilomètres de l’autre côté de la rive, dans de la boue, avec une progression super lente. Avec Mike, on fait le point. « Allons voir à quoi elle ressemble. Si c’est trop risqué, on la contourne. »

Plongée dans les couleurs de fin de journée, la plaine que l’on traverse est magnifique. On parcourt un peu plus de deux kilomètres et on arrive sur une falaise qui surplombe la rivière. Depuis là, elle et large et paraît calme. On descend pour atteindre la rive. À un endroit, le courant est faible, mais l’eau est beaucoup trop profonde. On décide alors de se lancer en aval, là où la rivière est séparée par une sorte d’îlot fait de galets et de cailloux. On traverse la première partie pour arriver sur l’îlot. Puis, on franchit ensemble la seconde partie durant laquelle je suis plus concentrée qu’un pilote d’avion qui ferait atterrir un 747 rempli de passagers. Et voilà ! On est arrivés de l’autre côté ! Youhou ! « Putain, ça nous a évité dix kils de plus ! Bravo, mec ! »

On continue de marcher encore un peu, avant de trouver un emplacement correct pour planter nos toiles de tente. Avec Mike, on a une bonne dynamique. C’est fluide, sans accroche. On a le même rythme et je suis ravie d’avancer à ses côtés. Il est grave cool, Mike ! On discute, on rigole, on se raconte des blagues, tout en prenant le temps d’admirer la beauté des paysages. On est bien. Juste bien. Le soir, on mange et on se couche rapidement. Un vent de bâtard se lève pendant la nuit. On est exposés, mais nos tentes ne craignent rien. Je passe quand même la nuit sous ma couverture de survie, parce qu’il fait froid.



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